Clare Cornillon
qui en plus de donner des conférences universitaires dans le domaine de la linguistique
est en lien très proche avec l'association Auxilia est-ce ainsi
que cela se prononce...
...
Claire nous parlera de l'apprentissage à distance pour les détenus ...
à travers l'exemple de l'association Auxilia
Merci beaucoup.
Je vais vous parler de l'association Auxilia dont je fais partie depuis 2 ans.
Elle a été créée en 1926 pour offrir d'abord, des cours par correspondance aux malades tuberculeux
puis aux handicapés physiques et, enfin, depuis 1959, aux détenus.
Aujourd'hui, l'organisation aide toute personne qui a des difficultés à accéder à l'éducation.
Il y a trois structures dans Auxilia, mais celle dont je veux parler aujourd'hui est
est l'éducation par correspondance. Son but est d'aider
les apprenants à atteindre leurs objectifs par exemple préparer un examen ou,
pour ceux qui sont illettrés, améliorer leur niveau de lecture et d'écriture ou encore
accompagner un projet particulier comme étudier la physique, ou écrire une pièce de théâtre.
La plupart de nos apprenants sont des détenus, à 90%. Nous fonctionnons de manière indépendante
de l'Administration Pénitentiaire ou de l'Éducation nationale mais en coopération
avec eux et avec d'autres associations. Nous avons des enseignants
dans tout le pays avec des profils très différents car ils ne sont pas tous
des enseignants. Par exemple, nous avons des ingénieurs en retraite qui enseignent
la physique ou les math. Nous sommes environ 1000 bénévoles et
nous avons aidé près de 2,500 personnes l'an passé. Il y a aussi
90 bénévoles dans tout le pays qui sont des Correspondants de prison
les correspondants de prison assurent la liaison
entre l'association et les détenus. Ils les rencontrent,
les orientent, vont les voir s'il y a des problèmes et, parfois même ils
leur donnent des cours particuliers sur place. 8 000 heures ont été données l'an dernier,
en soutien et accompagnement par ces bénévoles.
Personnellement, j'enseigne le français, généralement le niveau post-bac
Nos apprenants ont des besoins variés. 40% ont un niveau collège ou lycée,
30% un niveau post bac et 30 % un niveau primaire.
La situation est très complexe dans ce contexte pour plusieurs raisons.
D'abord, quand on parle d'« enseignement à distance » de nos jours, on pense
naturellement à l'Internet. Sauf qu'en prison vous n'avez pas accès à internet, et donc nous utilisons la méthode
traditionnelle : de la correspondance sur papier. On peut facilement voir les limites
de cette méthode. Il est possible d'envoyer des livres aux détenus
en passant par l'association et ils ont généralement accès à une petite bibliothèque
dans la prison. Il y a des projets dans l'association visant à utiliser des moyens
numériques mais, pour le moment, ils sont réservés à ceux qui ne sont pas en prison
D'autres initiatives pédagogiques existent telles que les Modules courts
préparées à l'avance et faciles à utiliser, ou le développement de formations
en présentiel. En tant qu'enseignante, mon premier problème est la communication
en particulier les délais dans la communication, car il est presque impossible d'envoyer
plus d'une lettre toutes les deux ou trois semaines qu'il faut du temps
pour qu'ils reçoivent la lettre, qu'ils y répondent par l'intermédiaire de l'association
qui, alors, nous l'envoie parce que, pour des raisons de sécurité
les détenus n'ont pas notre adresse ni même notre nom – on utilise un
pseudo. Donc, la communication est plus lente et aussi plus formelle
qu'une communication en face à face. Naturellement, il y a différents styles
de lettre et chaque enseignant est libre d'enseigner de la façon qu'il ou elle préfère, en respectant
les règles de l'association, mais le contact et la relation avec
l'étudiant sont très différents dans ce contexte. Pourtant, c'est un point crucial,
car le but n'est pas seulement de communiquer des connaissances,
mais de donner à l'apprenant un point de contact avec la société, d'essayer
de lui donner un peu de confiance en lui-même pour reconstruire sa vie.
Vous êtes peut-être le seul contact que les détenus ont avec l'extérieur et ils peuvent partager avec vous
leurs difficultés, quelquefois leur désespoir donc, ce n'est pas forcement une forme
de communication neutre – pas du tout. La devise de l'association est
"Formation et Amitié" la partie « amitié » compte beaucoup bien évidemment. Il ne s'agit pas
d'envoyer un simple contenu, on envoie une lettre pour parler à la personne
pour lui fournir un contact avec la société pour la reconnaître comme personne et comme
membre de la société. Cet aspect de communication est très
complexe et très important dans notre travail. Il est difficile de trouver le ton juste,
pour écrire à la personne pour l'aider. Deuxièmement, les conditions de travail
des apprenants sont aussi très difficiles. Certains ont des difficultés à obtenir
des timbres ou du papier. Il y a le bruit des autres co-détenus.
Il leur est parfois très difficile de trouver un espace où travailler au calme et en plus
il faut ajouter à cela, naturellement, la détresse psychologique.
Ils sont souvent déprimés et il leur est difficile de se concentrer
sur un projet. Parfois même ils disent qu'ils ne voient pas d'avenir
pour eux-mêmes. De plus, ils ont souvent un passé d'échec scolaire
et il est important de reconstruire leur confiance en soi donc, notre travail
est aussi de les encourager et de les aider à mettre sur pied leur propre projet
pas nécessairement avec un futur travail en vue, bien que ce soit aussi important, afin qu'ils se sentent davantage en contrôle de leur vie et de leur éducation.
mais aussi centré sur quelque chose qui les intéresse
afin qu'ils aient le sentiment d'avoir le contrôle sur leur vie et de leur
formation. Tout est décidé pour eux en prison et l'idée qu'ils peuvent faire des choses eux-mêmes, comme
apprendre quelque chose, ou écrire quelque chose, peut les aider.
Par exemple, je viens de commencer à travailler avec un détenu qui souhaite
écrire une pièce Nous sommes tout au début, mais le fait .
qu'il ait eu cette idée est déjà encourageant. Un autre problème évident
est l'usage de la langue écrite, car il est plus facile,
quand on parle, de reformuler, de s'adapter à son interlocuteur.
Là, on envoie simplement quelque chose et l'apprenant doit le déchiffrer tout seul.
Il y a des détenus illettrés, ou presque, et nous essayons de les aider, mais, bien
bien sûr, il est difficile de travailler dans ces conditions pour les aider à mieux lire ou écrire.
Il y a des bénévoles dans l'association qui travaillent à améliorer les méthodes utiles
pour ces cas spécifiques. C'est pareil avec les langues étrangères. Il est difficile, par exemple,
d'enseigner l'anglais, en particulier l'anglais parlé, dans ces conditions
dans ces conditions. On peut leur envoyer des CD, mais, là encore, ce n'est pas simple.
On essaie, on expérimente. Aussi, en tant qu'enseignant, on veut suivre son étudiant et
ses progrès avec un un système d'évaluation et nous
essayons de garder des contacts aussi réguliers que possible grâce au Correspondants de prison
que j'ai évoqué tout à l'heure, qui sont un lien essentiel
entre l'association, l'enseignant et l'étudiant, parce que quelquefois, on cesse
de recevoir des lettres et on ne sait pas si le détenu veut simplement s'arrêter ou bien
ou a été transféré dans une autre prison, ou a été remis en liberté. On n'en sait rien
donc, le « correspondant de prison » peut nous apporter des réponses. L'autre conséquence de cela est que,
quand ils sont sortis, ils n'écrivent plus, il n'y a généralement pas de suivi.
Cela pourrait se faire, mais, en général, ils veulent tourner
la page et laisser tout ce qui s'est passé en prison dans le passé. Cela peut être
frustrant pour nous, bien sûr, parce que nous les aidons juste pour un moment
puis nous ne savons plus du tout ce qui leur arrive, ni si ce que nous avons fait leur a été utile, mais
en même temps, on donne de l'aide au moment où la personne en a le plus besoin, on est là.
you are there if they don't one won't write to you or keep on working it's
S'ils ne veulent plus nous écrire ou continuer à travailler, d'accord, mais on est là. C'est ce qui compte.
De nombreux témoignages disent que les détenus ont été heureux de travailler avec nous
et que l'association compte beaucoup pour eux.je vais m'arreter là,
pour laisser du temps pour une discussion ou des questions, mais je veux simplement conclure en disant
que ce travail, je pense, est essentiel. En tant qu'enseignante, je pense que
ma fonction dans la société est d'aider les gens à être plus autonomes, de leur ouvrir les yeux aux
possibilités qu'ils portent en eux et, dans un contexte aussi complexe,
je pense que c'est d'autant plus nécessaire. Merci.
No comments:
Post a Comment